Le Trou du diable

Politiquement vôtre !

...Insatisfactions sociales, espoirs politiques, idées révolutionnaires...

Dissertationnel compte rendu des pourparlers entourant la québécoise avenir politique.
!Propagande d’idées politiques, ou idées politiques à débattre ! À vous d’en juger !

Est-ce que la politique moderne devrait laisser une plus grande place à la jeunesse qui symbolise l’avenir ?

En abordant cette question, nous avons aussitôt avorté d’une sombre situation politique. Puisque nous étions en présence de collégiens et de professeurs, nous nous demandâmes rapidement si ce n’était que les jeunes qui auraient besoin d’une plus grande place dans la politique moderne. Nous nous demandions si la politique québécoise actuelle ne désintéressait que les jeunes, ou si elle désintéressait à la fois la jeunesse et les adultes. Nous constatâmes rapidement l’écueil entre l’obligation de voter et le désire d’exercer notre pouvoir politique. Nous étions en quelques sortes complètement désabusés du politique, de notre pouvoir citoyen.

Autrement dit, nous ne savions plus vraiment pourquoi et comment était dépensé environ la moitié de notre salaire. Certains ont rapidement affirmé que nous devions tenir compte d’un facteur économique très important en politique. Dans les faits et à quelques exceptions près, se sont les plus riches et les plus éduqués qui mènent le monde, qui exercent et assument nos pouvoirs politiques. Ainsi, nous avons définitivement admis que l’intérêt politique ne dépendait pas du droit de vote ou de l’âge que nous avions.

Preuve en est qu’au sein de l’organisation syndicale des professeurs du Collège Shawinigan, seulement 10% d’entre eux participent aux affaires syndicales donc politiques comme une assemblée générale. Les professeurs ne s’intéressent réellement à leurs pouvoirs politiques que s’ils sont convoqués pour discuter de moyens de pression. Dans le cas d’une discussion syndicale suggérant une grève comme moyen de pression, le taux de participation peut grimper jusqu’à 75%. Pour leur part, seulement 2% des étudiants participent aux activités de l’AGE donc à la dimension éminemment politique de leur étude. Par exemple, en 2006-2007, la présidente fut élue avec seulement une quarantaine de personnes.

Quelqu’un émit une hypothèse intéressante sans pourtant réussir à lancer un débat. Il suggérait que s’il y avait si peu de participants aux assemblés syndicales, ce n’était peut-être que parce qu’ils n’avaient pas le choix d’être syndiqués ? Il aurait été curieux d’entendre la réponse des membres exécutifs du syndicat. Mais la question fut si bien ficelée, qu’elle effraya les syndicalistes en interrogeant ainsi la légitimité politique et sociale se rattachant à leur idéologie syndicale. L’animateur aurait peut-être dû insister sur ce dernier point ;)

Les procédures législatives et protocolaires de la politique n’éveillent donc pas en nous un sentiment politique. En votant pour un politicien, nous ne croyons pas pouvoir influencer le déroulement de nos vies. Nous prenons plus ou moins part aux enjeux, aux débats et aux actions politiques. Les politiciens actuels ne pensent-ils qu’en termes de vote ? Aux dernières nouvelles, à peine 20% des jeunes adultes votent, contre seulement 40% de la majorité d’entre nous.

En contre parti, un jeune homme à l’esprit vif suggéra que l’appareil politique n’était pas vraiment déficient, et qu’ainsi il n’était pas la cause de cette dépopulation et de cette dépolitisation générale, dont plus particulièrement le désintéressement des jeunes envers notre puissance politique. Pour ce dernier, les jeunes se désintéressent du politique parce que la population québécoise est vieillissante. En effet, comment réagir si la population est vieillissante ? Les jeunes n’ont socialement pas de place car les vieux sont partout.

En définitive, on ne semble plus croire en la démocratie et même en la politique. Et quand nous votons, nous ne votons que superficiellement. Nous élisons collectivement un parti politique sans vraiment d’abord discuter de ses enjeux avec nos concitoyens : membres de nos familles, collègues de travail, ami (es), etc. Par exemple, beaucoup vote pour la personne qui a le plus de pancartes dans la rue, comme d’ailleurs on achète le système de son qui vaut le plus cher. De plus, en général, on ne vote pas pour le meilleur parti politique, mais on vote plutôt pour le moins pire tel le parti Vert, ou comme dans le temps pour le parti Rhinocéros. C’est comme si intuitivement, on le savait qu’y en n’avait pas de bons, d’honnêtes, bref, de justes.

Nous étions une quarantaine de personnes autour de la table ronde du TrouDuDiable, et tous nous considérions que les québécois ne s’impliquent pas au travers les mouvements étudiants, les organismes communautaires ou les débats parlementaires.

Nous nous sommes alors rapidement demander pourquoi étions-nous ainsi dépolitisés.

Une femme souleva aussitôt une condition nécessaire à tout intéressement politique. Pour s’intéresser au politique, il faut d’abord et avant tout avoir le sentiment de pouvoir changer les choses. Le sentiment d’être impuissant envers les constants changements sociaux, alors envers notre capacité à faire changer les choses, expliquerait pourquoi les jeunes et les moins jeunes ne sont pas politisés ou intéressés à utiliser leur pouvoir social.

Certains arguaient qu’actuellement nous n’étions pas convaincus de pouvoir changer le monde, puisque nous n’avions pas de modèles et de leaders politiques charismatiques, comme le fut jadis René Lévesque ou encore Pierre Elliot Trudeau.

D’autres ripostèrent intelligemment ! Ils proposèrent d’autres avenues pour expliquer nos sentiments d’impuissance face à notre pouvoir politique, à notre capacité à faire changer et évoluer les choses. Pour eux, les raisons expliquant pourquoi nous étions ainsi dépolitisés n’étaient pas liées directement à l’absence de modèles et de leaders politiques, comme le plus célèbre d’entre tous, Che Guevara. La cause de notre désintéressement est selon eux directement liée à la famille. Les parents des jeunes d’aujourd’hui n’étaient pas politisés puisqu’ils n’étaient pour la plupart que des producteurs et consommateurs de biens et services. Ces parents de notre moderne jeunesse entretenaient l’ignorance envers les enjeux politiques. La consommation primait et prime malheureusement encore au détriment de l’éducation citoyenne. Tout le monde désirait avoir sa propre voiture, sa propre maison, puis tous les inimaginables notables biens culturels. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont que les répliques de ces reliques matérialistes. La jeunesse pense et désire comme leurs parents. Ils ne veulent que faire le maximum de cash pour posséder le plus de biens possibles.

Au cours du débat, sans même aborder la question entourant nos devoirs en tant que citoyen, ne considérant que notre désir de changer les choses, nous réalisions pourtant qu’en général on s’en balance de cette politique, puisque ce qui nous intéresse finalement, ce n’est avant tout que l’argent, la possession de bien matériel, et, si possible, deux ou trois voyages par année sur les plages dorées d’un soleil rouge vif. C’est la richesse individuelle qui nous intéresse ! Par exemple, quelqu’un posa cette question : Combien de personnes ici ce soir vont partager les idées politiques que nous échangeons au travers cette discussion avec leur entourage immédiat ? Pour s’intéresser au politique, il faudrait premièrement changer nos priorités. Cesser de travailler seulement pour se payer des bébelles et commencer à construire notre conscience sociale, dont notre sens de la justice, de la prudence, de la liberté, du devoir, etc. Il nous reste donc l’espoir bien qu’il se meurt petit à petit. Nos jeunes québécois se suicident tellement la honte leur ronge l’intérieur. Gardons espoir puisqu’avec le politique il est réellement possible de changer les choses. Par exemple, à l’origine, les souverainistes n’étaient qu’une poignée de jeunes qui, d’une part, partageaient leurs insatisfactions en tant que citoyens et contribuables, et qui, d’autre part, tentaient de trouver des solutions pour remédier à la leur détresse. Originalement, le PQ n’était qu’une poignée d’artistes aux idées révolutionnaires. C’est pour eux que les québécois étaient, pour la plupart, prêts à rompre leur alliance avec le reste du Canada. Nous pourrons raviver l’espoir avec des gens passionnés. Espérons patriotes ! Puisque des gens œuvrent jours après jours pour l’intérêt commun. Souvenons-nous, une enseignante nous raconta qu’en 6ième année (11-12 ans), certains enseignants choisissent d’aborder les enjeux sociaux liés à la politique. La réforme de l’éducation incite les enseignants à politiser les jeunes. De plus, cette enseignante avait vécue elle aussi une médiocre dynamique familiale. Ses parents ne parlaient que de sports, de sexe et rarement sinon jamais de politique. Malheureusement, souvent, nous ne sommes guère différents avec nos cochonneries culturelles comme Loft-story.

Après avoir ainsi dressé ce sombre portrait du politique au sein de notre société québécoise, dont plus particulièrement celui des Shawiniganais, nous tentâmes de trouver des solutions pour redresser cette pitoyable situation. Nous tentions de découvrir comment nous pourrions nous politiser et par le fait même intéresser les jeunes à la politique. Une femme apporta sur ce point une idée forte intéressante. Un point de vue qui était directement reliée avec l’une des idées mises de l’avant pendant la soirée. Lorsque nous tentâmes de comprendre et de décrire la situation politique actuelle, une femme affirma que pour s’intéresser à la politique, il faut d’abord et avant tout ressentir une émotion d’insatisfaction dont le remède se réduira à une action politique militante. Pour s’intéresser à la politique, ça prend un contexte émotionnel. Par exemple, les inégalités économiques pourraient susciter un tel intérêt. Pour nous politiser, ça prend quelque chose qui touche nos tripes, qui influence notre vie, qui rejoint nos préoccupations quotidiennes et sociales. Il n’y a vraiment pas que les votes ou les partis politiques qui comptent, ils sont mêmes très secondaires comparativement aux insatisfactions intérieures. Les votes et partis politiques n’existent que parce qu’il y eut des gens qui voulurent s’unir et rassembler une partie du salaire de chacun pour créer des services sociaux.

Mais comment faire pour créer en nous des sentiments d’insatisfaction ? Comment s’indigner face à des pratiques politiques qui ne respectent pas par exemple l’égalité entre les hommes et les femmes, l’écologie, l’équité dans la redistribution des richesses, etc ? Cette même femme souligna que ne nous pourrions nous révolter contre de telles pratiques sociales qu’au travers des débats sociaux comme celui de ce soir. Elle nous rappela également notre histoire. Au Québec, dans le années 60, les débats politiques abordant les enjeux sociaux produisaient beaucoup de mésententes. Les gens se chicanaient plus qu’ils ne discutaient à cette époque. Avec l’accumulation des chicanes familiales entourant le référendum et les enjeux reliées aux préoccupations religieuses, les québécois et québécoises ont en quelque sorte occultés les débats politiques, et du même coup l’importance de prendre part au débat public. Malgré les chicanes de clocher et les nombreux conflits familiaux, les gens de cette génération savaient ce qu’ils voulaient, parce qu’ils savaient également clairement ce qu’ils n’avaient pas. Par exemple, dans le temps où les québécois s’engageaient dans la politique, on se faisait parler en anglais dans la plupart des commerces. Qu’elle indignation !

Pour se politiser, il faut d’abord une convergence d’enjeux sociaux qui provoqueraient en chacun de nous de l’insatisfaction, de l’indignation. Pour s’engager politiquement, il faut donc trouver des enjeux qui sont liés directement à nos insatisfactions.

Jeunes et moins jeunes, avez-vous le cœur à l’ouvrage, ressentez-vous du ressentiment, de l’amertume, de la mélancolie, de l’incompréhension, de la rage, de l’insatisfaction ? Si oui, comment pourrions-nous nous assouvir et enfin nous réjouir d’être Shawiniganais, Trifluvien, homme, femme, Québécois, bref un citoyen, soit un humain jouissant des mêmes droits que quiconque, et marchant comme tous et chacun sur les trottoirs de nos villes, dans les corridors de nos écoles et nos hôpitaux, entre les pierres tombales de nos défunts ancêtres, ceux et celles, grâce à qui, aujourd’hui, nous pouvons discuter et nous instruire en toute liberté.

D’autres tentèrent plutôt de solutionner les problèmes sociaux qui sont liés à nos valeurs matérialistes. En ne croyant plus au politique et aux enjeux sociaux qui s’y rattachent, nos jeunes ne croient plus désormais qu’en eux-mêmes. Par conséquent, ils ne peuvent qu’être insatisfaits d’eux-mêmes. Voilà l’un des effets pervers de l’individualisme et du matérialisme.

N’est-ce pas ignoble de laisser grandir la honte en certains de nos jeunes aux valeurs culturelles, sociales et communautaires ? Plusieurs se sentent inférieurs plutôt que de se révolter contre les véritables causes sociales à l’origine de cette honte ; le regard méprisant de ceux et celles qui ont réussi dans la vie, qui se payent du bon temps, de bonnes retraites avec des actions bien placées et des souper entre amis bien arrosés, de beaux voyages avec des crédits d’impôt et des voyages d’affaire de toutes sortes, des soins de santé et une éducation de première qualité avec des services privées que seules les riches peuvent véritablement se payer. Refuser de vivre dans une société individualiste, où seuls les plus rusés remportent la palme, où tous nous sommes réduits au statut de producteur et de consommateur. Il faut changer nos valeurs en changeant d’abord nos modes de consommation. Il faut proposer aux jeunes de nouvelles valeurs comme par exemple celles liées à la famille, à la création artistique et à la politique. Nous devons mettre de l’avant nos valeurs citoyennes, dont celles enseigner dans les cours de philosophie.

De ce point de vue, il faudrait ainsi repenser l’enseignement de la philosophie pour favoriser davantage le développement des valeurs morales et de la pensée critique. Le pensée par soi-même est ainsi capital pour s’investir politiquement, car ce n’est qu’au travers le dialogue entre soi et l’autre qu’une idée révolutionnaire peut naître. D’une manière plus générale, certains pensent d’ailleurs que l’éducation est le meilleur moyen pour nous désindividualiser. Toutefois, de jeunes hommes allumés nous firent aussitôt prendre conscience que nos jeunes d’aujourd’hui prennent tout pour acquis, qu’ils sont confortables et en sécurité, qu’ils ne veulent pas se battre, parce qu’ils n’en sentent peut-être pas le besoin ou la nécessité. Par exemple, ils prennent pour acquis la présence du français comme langue d’usage.

De plus, certains collégiens mentionnèrent qu’en dehors des moments liés à une grève, ils ne voyaient pas régulièrement les membres de l’AGE, sinon seulement que dans les partys ou que par accident dans les corridors. Selon eux, l’AGE devrait s’investir davantage auprès des jeunes collégiens. Plusieurs ripostèrent spontanément en leur demandant s’ils avaient au moins fait l’effort d’aller chercher l’information ? Ils en profitèrent donc pour mentionner qu’il manquait de bénévole à l’AGE.

En résumé, sans faire du zèle politique, il faut ramener expressément sur la place publique des enjeux sociaux qui provoqueraient en nous de l’insatisfaction, de l’indignation. Indignons-nous et marchons à la rencontre de nos communes insatisfactions, et tentons de changer nos valeurs sociales au sein d’organismes qui encouragent notre pouvoir politique au travers des démarches artistiques et communautaires, spirituelles et cléricales, philosophiques et institutionnels, scientifiques et industrielles, etc.

Promouvoir une idée, est-ce nécessairement de la propagande ?

À la fin de la soirée, pendant environ 1h30, nous nous demandions si promouvoir une idée était nécessairement de la propagande. D’emblée, certains affirmèrent que défendre un point de vue, ce n’est pas de la propagande, puisqu’il y a une grande différence entre défendre un point de vue et imposer son opinion. Pour eux, un propagandiste veut t’organiser en faisant appel à ton inconscient. Il ne s’adresse pas à ta conscience parce qu’il désire te faire croire des choses. Il manipule ton esprit pour mieux t’imposer son opinion. Ce serait un manipulateur intellectuel qui ne chercherait pas à expliquer son opinion tout en cherchant à comprendre la tienne. Il cherche à faire sien ce que tu es et ce qui t’appartient.

D’ailleurs, en ce sens, l’enseignement ressemble trop souvent à une propagande. En effet, pendant un cours, combien de professeurs s’intéressent réellement aux points de vue qui divergent des leurs ? Défendre son idée n’est donc pas nécessairement de l’ordre de la propagande. Lorsque nous défendons nos idées nous ne les imposons à personne. Évidemment, en défendant notre idée, nous sommes obligés d’expliquer pourquoi nous croyons en cette idée plutôt qu’en une autre. Ainsi, défendre son idée, c’est aussi tenter de convaincre les autres que notre idée est la meilleure. C’est donc avec une argumentation qu’il faut expliquer pourquoi nous jugeons notre idée meilleure qu’une autre. Par conséquent, expliquer les raisons pour lesquelles nous croyons en une idée permet aux gens de les critiquer Un propagandiste ne veut pas douter de ses arguments, il n’est pas ouvert aux idées qui diffèrent des siennes. Il ne veut confronter ses idées que pour nous les imposer. Les propagandistes sont souvent des orgueilleux sans fierté. Sans fierté puisqu’irrespectueux des différences. Ils n’ont généralement pas assez de courage pour admettre qu’ils ont torts. Ils ont toujours raisons parce qu’ils sont incapables de descendre de leurs grands chevaux. C’est d’ailleurs pourquoi ils sont incessamment à cheval sur leurs soit disant nobles et savants principes. En ce sens, ceux et celles qui ont toujours raison, et qui ne doutent rarement ou jamais de leurs idées sont des bornées, des propagandistes. Ces irréprochables intellectuels ne cherchent pas à découvrir la vérité pour ainsi remettre en question leurs propres idées au contact de celles d’autrui. Au contact d’autrui, ces bornés ne veulent qu’avoir raison, qu’imposer leurs idées. Débattre d’une idée, c’est pourtant rechercher la vérité au travers les opinions de chacun, c’est belle et bien construire l’opinion commune en cherchant à comprendre celle de chacun. Sous cette perspective, s’il est vrai de dire que nos intérêts particuliers peuvent être soit nobles, soit ignobles, il est toutefois faux de penser qu’une idée pourrait être noble si elle ne fut jamais confrontée à d’autres idées, en l’occurrence à celles débattues au travers la discussion et le dialogue d’une parole vivante. Nul ne peut vraiment dialoguer qu’au travers les livres, puisqu’ils n’amassent que poussières. Seule la vive parole discutée librement peut assurer les remparts de la vérité. Lorsque nous faisons du mal pour faire le bien, nous ne faisons ainsi du mal que parce que nous ne sommes pas parvenus à s’entendre avec ceux et celles envers qui, injustement, nous faisons du tort au nom du bien. Pour élargir sa conscience, il faut donc nécessairement dialoguer avec la parole des autres.

En ce sens, sans un rapport sincère à l’autre, il est impossible d’acquérir des mots qui proviennent du sens commun. C’est de la confrontation à l’autre qu’émerge le sens commun. Le caractère publique des mots de notre esprit ne peut être assuré qu’à travers l’opposition de nos idées avec celles d’autrui, autrement dit qu’au travers notre capacité à se remettre en question au contact des autres, bref, qu’au travers notre capacité à dire j’ai tort, j’ai raison, ou bien je ne sais pas. Ainsi, ceux et celles pour qui il est difficile d’admettre leurs torts, demandez-vous donc, sincèrement, comment votre génie peut être ainsi à l’abri des critiques provenant d’autrui ? N’avons-nous pas besoin des idées d’autrui pour accéder au sens commun ?

Sous cette perspective, l’heure a sonnée et elle s’aggrave mes amis. Les politiciens de notre gouvernement semblent nous imposer leurs idées. Nous avons l’impression qu’ils ne veulent plus discuter avec leurs concitoyens. Probablement qu’ils désirent ni plus ni moins nous réduire au silence. Notre libre-arbitre est donc peut-être bafoué, sommes-nous donc tous et chacun réduit à l’esclavage ? Sommes-nous désormais soumis à la botte de nos ministères, n’étant peut-être que des valets de businessmans bien nantis.

Pour ce qu’ils ont réalisés il y a deux ans, les collégiens peuvent être fiers d’avoir légalement organisé une grève pour protester contre le gèle des prêts et bourses. La grève a durée trois semaines. Avec cette grève et des négociations avec le gouvernement, les étudiants ont finalement gagné leur cause.

Au soir du 15 décembre dernier, les politiciens de l’Assemblée nationale ont émis une loi spéciale pour permettre aux ministres d’interdire la négociation avec des syndicats de la fonction publique. Pendant des négociations syndicales entres les syndicats des professeurs et le gouvernement, des ministres ont pu ainsi interdire au syndicat de négocier et de faire la grève. Pour appliquer cette loi, les policiers devaient donner entre 100 et 150 $ d’amende aux élèves qui participeraient à une grève, entre 100 et 500$ d’amende pour un professeur et entre 700 et 3500$ pour un cadre.

Ami (es) de la liberté, il est temps de débattre en son nom en pourfendant la conscience de tous ceux et celles qui oseront nous bâillonner la bouche en espérant nous réduire au silence. Comment pourrions-nous lutter contre les discours de sourds, contre les bornés de ce monde, contre tous ceux qui ne veulent pas véritablement débattre de nos conditions sociales ?

D’abord, exerçons notre libre-arbitre. Ne prenons aucune vérité pour acquise, soumettons les vérités de tous et chacun à notre jugement, afin d’y consentir librement et en toute connaissance de cause, et ce, même si elles proviennent de doctes personnes comme les professeurs, les avocats, les médecins, les policiers, les businessmans et surtout les politiciens. Méfions-nous des discours tentant de nous manipuler avec des conclusions trop faciles, des argumentations prémâchées, des évidences superficielles. Ne soyons pas naïfs, soyons plutôt critiques. Et surtout méfions-nous du pouvoir de chacune de nos raisons, ne départageons pas seul le pour et le contre des discours autoritaires et institutionnalisés. Débattons les idées des doctes discours avec d’autres personnes, afin d’animer l’opposition, l’aspect dialogique de la pensée. Soyons convaincus que la confrontation de nos opinions avec celles d’autrui est le meilleur moyen d’exercer notre véritable sens critique, et, par conséquent, de contrer toute propagande indigne de se nom. Il vaut mieux pour soi-même aller à la rencontre des autres que de rester seul dans sa tour d’ivoire. Unissons nos forces, ne restons pas seul à ruminer de l’espoir.

Bien sûr, cher amis, rencontrer l’autre, c’est en partie s’y opposer pour ainsi préserver son identité et s’opposer. Défendre publiquement notre idée, c’est par conséquent aussi risquer de perdre la face, c’est risquer d’être dans l’obligation d’admettre nos torts, nos erreurs, mais comment pourrions-nous avoir raison si nous ne pouvions jamais avoir tort ? C’est difficile de s’ouvrir aux autres idées parce qu’elles s’opposent souvent aux nôtres. Et plus souvent qu’autrement nos idées ne sont nôtres que parce qu’elles animent en nous beaucoup d’émotions. Émotions liées de part et d’autre à nos expériences, à nos heureux et à nos malheureux souvenirs. S’ouvrir à l’autre, c’est se réconcilier avec soi-même, puisque c’est accepter d’avoir tantôt raison, tantôt tort. C’est par le fait même, accepter d’être imparfait et limité puisqu’en partie dépendant du jugement d’autrui. Se lier à l’autre, c’est ainsi accepter et célébrer nos semblables limites, faiblesses et imperfections. Le véritable faible fait ainsi de son savoir une vanité. Le vulnérable n’est au fond que celui qui se cache derrière ses nobles savoirs, ses logiques et cohérentes théories. Le vaniteux peu enclin aux débats intellectuels, c’est bien celui qui évite la discussion, pour se cacher éternellement derrière les paravents du savoir, de la connaissance. Au fond, le conscient est celui qui a assez confiance en son jugement pour consentir ou non aux diverses opinions et sciences auxquelles on le confronte.

Laissons donc tomber notre peur d’être jugé, ridiculisé, rejeté. Devenons plutôt à la fois juge de soi-même et des autres, soyons tantôt l’ignorant et tantôt le savant, soyons tantôt celui aux idées conformes à la normalité, tantôt celui aux idées marginales et originales. Risquons l’originalité, osons sortir des sentiers battus, célébrons la différence.